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  • Lilie

MICHOACÁN

On est prêt pour le départ, plein d’eau, de gaz, d’essence… on est au top ! Pour rejoindre le village d’Angahuan, nous longeons toute la rive sud du lac de Chapala et les paysages sont grandioses. En chemin, nous changeons d’état et arrivons dans le Michoacan, c’est toujours excitant de découvrir de nouvelles traditions ainsi que des spécialités culinaires locales sur de si courtes distances. Et le Mexique est riche de tout ça, c’est un régal pour les yeux et les papilles. De belles routes sinueuses et montagneuses nous amènent dans ce village situé à 2400 mètres d’altitude. La vie semble douce et d’une autre époque, les femmes portent encore les tenues traditionnelles et les rues sont des chemins étroits, accidentés et boueux. Mais notre bon Prosper passe partout et nous mène jusqu’au Mirador situé de l’autre côté de la ville qui surplombe le fameux volcan et ses dunes de sable noir ainsi que la lave pétrifiée qui témoigne des 9 ans d’éruption du Paricutin qui a eu lieu il y a moins de 100 ans. Un guide nous propose ses services pour aller explorer les alentours à cheval, escalader le parfait cône et visiter les ruines de la ville de San Juan qui fût entièrement ensevelie sous la colère du volcan. Nous lui proposons de partir très tôt le lendemain matin pour profiter de la fraîcheur et le rendez-vous est fixé à 6h30. Pour finir la journée, nous partons explorer le joli village qui nous charme par son authenticité et par son côté non touristique. Sur le retour, nous croisons une bande de joyeux lurons qui savourent des bières devant une épicerie.


Les joyeux lurons d'Angahuan

Ils nous invitent à nous joindre à eux et nous échangerons beaucoup sur leur culture et leur façon de vivre. Nous apprenons qu’ils sont les descendants des Purepechas ou Tarascans, ancienne civilisation indigène, dont ils parlent encore la langue et dont ils sont fiers. Après plusieurs litres de bières, les discussions sont chaleureuses et remplies de fous rires. Lilie se fait même draguer sans vergogne sous les yeux d’Alex qui en rit de bon coeur. Après tout, ce sont des latinos et on connait tous leur attrait pour les femmes. Après de bonnes accolades amicales, nous retournons au van et préparons notre pique-nique pour notre randonnée à cheval que nous sommes impatients de vivre. C’est sous notre bonne couette que nous passerons cette nuit à 7 degrés.

Le réveil n’est pas facile avec ce froid régnant. Il fait encore nuit noire avec une pleine lune rayonnante et les sensations que nous ressentons à cheval sous ce clair de lune sont uniques. Peu à peu, la lueur du jour éclaire les paysages alentours et nous offre ses beautés. Des contrastes intenses de forêts verdoyantes et de sable noir qui recouvrent la totalité des terres. Nos chevaux sont très calmes et patients malgré notre manque d’expérience, et s’adonnent à un peu de trot de temps en temps pour se dégourdir les pattes et nous nous adaptons du mieux que l’on peut.

Le cowboy du dimanche

Au pied du volcan, nous leur laissons un moment de répit pour gravir le cône à pied. Des fumerolles s’échappent par ci par là avec des relents de souffre qui nous chatouillent les narines et après une rude montée, le cratère s’ouvre à nous. On se sent minuscule et poussière sur ce géant aux paysages lunaires. A cette hauteur, on se rend vraiment compte des dégâts causés par tant d’années de férocité. La descente est par contre bien plus rapide et amusante. Nous courons tout droit comme des fous dans cette couche de sable/cendre qui s’apparente à la texture de la neige. Nous chevauchons nos canassons de nouveau et partons voir les ruines de l’église de San Juan, seule survivante du désastre. Un lieu spécial où des mexicains partagerons même leur repas avec nous en nous faisant découvrir des spécialités de leur région. Quel beau moment de partage. Et ce cas n’est pas unique, la générosité est une qualité dominante chez les mexicains.


Les restes de l'église de San Juan terrassée par la coulée de lave

C’est au trot et même au galop que nous rentrerons et cela nous fera beaucoup rire malgré les douleurs engendrées par ces quatre heures de chevauchée. Jorge, notre guide, est très arrangeant car il a organisé cette excursion sans qu’on le paie. Il nous faut maintenant aller chercher un distributeur et pour cela, il faut nous rendre à Uruapan, grande ville la plus proche, soit à 30 kilomètres de là. Sans oublier de préciser que nous arrivons à un point critique de la jauge à essence. Alors nous l’embarquons avec nous car nous ne sommes pas sûrs de pouvoir revenir jusqu’ici après coup. En route, nous tombons sur un barrage organisé spontanément par des usagers locaux. Nous ne savons pas tous les détails de ce mécontentement mais cela pourrait être lié à la pénurie d’essence ou à un conflit pour la construction d’un hôpital dans le coin. Peu importe, la route est complètement bloquée et on ne sait pour combien de temps. Alors Alex et Jorge décident de passer le barrage à pied et de prendre un taxi pour les emmener en ville non loin de là, pendant que Lilie attend que la situation évolue à bord de Prosper. Heureusement, c’est peu de temps après qu’elle les rejoint, après déjà deux échecs de retrait d’argent. Du coup, nous partons à la recherche d’une nouvelle banque ensemble et après avoir tourné pendant 30 minutes, c’est la victoire et nous pouvons payer notre guide qui peut enfin prendre son bus pour rentrer chez lui. Quelle aventure ! A notre tour d’aller nous poster pour la nuit et nous choisissons de parquer dans une large rue près de l’entrée du parc national bien éclairée et assez fréquentée. Nous profitons de la fin de journée pour aller visiter le centre d’Uruapan qui, comme toutes les autres villes, grouille de voitures et de monde. Le trafic est particulièrement intense. Puis, c’est exténués que nous passerons notre première nuit qui sera tout de même correct.

Nous sommes maintenant à la merci des stations service. La jauge est au plus bas et il est compliqué de s’informer sur l’évolution de la pénurie. Il faut se rendre à l’évidence, peut-être devrons nous rester plus longtemps que prévu ici alors autant en profiter. Nous visitons d’abord le somptueux parc national aux multiples cascades et à la végétation luxuriante.


Le Parque Nacional d'Uruapan

Ici, contrairement à la région côtière, ils ne connaissent pas de manque d’eau et l’on se rend bien compte que dans certains coins du globe, l’eau douce est une denrée rare et précieuse. Nous prenons le temps de visiter ce coin de nature en plein coeur de la ville et dégustons même de délicieuses quesadillas dans un petit comedor aux allures sauvages. Après ce petit bol d’air, nous tentons notre chance dans plusieurs stations mais en vain, nous retournons à notre place en étant reconnaissants de ne pas être tombé en panne sèche. Le soir, nous allons manger vers le petit marché couvert où nous sympathisons avec les cuisinières ainsi que d’autres clients en dégustant un fameux Pozole. L’ambiance est chaleureuse et nous sommes heureux de pouvoir avoir enfin de vraies conversations avec les locaux. C’est avec beaucoup d’amour et d’étreintes que nous quitterons ce bel endroit pour rejoindre notre QG pour la nuit. Cela durera pendant 5 jours, nous connaissons Uruapan en long et en large et avons découvert des endroits très insolites comme cette usine de tissage à moitié transformée en galerie d’art avec des expositions temporaires d’artistes locaux, et des métiers à tisser d’une autre époque.

L'ancienne usine transformée en galerie d'art

Et surtout, des coins de nature et de végétation qui invitent à la paix et à la méditation. Puis, un après-midi, nous décidons de partir à une station essence et de ne plus bouger pour faire le plein. Il est 15h lorsque nous y arrivons et Victor, un chauffeur de taxi, nous informe que le camion citerne arrivera vers 21h (normalement). On sera patient ! On discutera d’ailleurs beaucoup avec lui et le temps passera vite. Nous sommes les premiers dans le queue et même les pompistes nous connaissent ! Il est 22h quand nous quittons la station avec le plein fait. Notre patience a payé. Satisfaits, nous retournons à notre spot pour un bon repos avant le départ demain matin.


Ce matin, nous sommes tout fous de reprendre la route et notre destination est Patzcuaro, dernier arrêt dans les terres avant le retour sur la côte. En chemin, nous nous arrêtons voir une cascade d’une beauté certaine mais accompagnée d’une odeur assez infâme d’eaux usées. La visite sera courte. Patzcuaro est située sur les hauteurs d’un grand lac parsemé de petites îles surpeuplées. Avant de nous rendre au centre historique, nous décidons d’aller visiter le site archéologique d’Ihuatzo à quelques kilomètres de là. Le site est très isolé au dessus d’un tout petit village où nous sommes observés telles des bêtes curieuses et comme prévu, nous sommes seuls sur ce site qui offre bien peu d’informations concernant son histoire. En arrivant en ville, il nous faut circuler dans d’étroites ruelles qui caractérisent bien cette ville coloniale. Près de la basilique et du parc attelant, nous trouvons un endroit pour stationner qui semble également viable pour la nuit. Nous partons explorer les méandres des rues et des places qui nous charment instantanément de par leur caractère et leur authenticité. Après une bonne marche, nous testons nos premiers verres de Mezcal dans une mezcaleria où Arturo, le patron, partagera ses connaissances sur le breuvage avec passion et enthousiasme.

Le Mezcal est un peu le petit frère de la Tequila. Cette dernière étant fabriquée uniquement à partir d’agaves bleues. Souvent plus artisanal, il a un gout de terre bien plus prononcé et une texture liquoreuse. Pour terminer la soirée en beauté, nous nous offrons un bon repas dans une trattoria avec un rouge exquis. Une soirée assez arrosée qui se terminera par une nuit mouvementée et bruyante à cause de la proximité d’un bar local et d’une bande de fêtards.

Les rues s’animent très tôt en ce samedi matin avec le montage des stands pour le marché et les locaux qui se rendent à la messe, les cloches donnent la cadence. La nuit fût assez fraiche alors nous partons nous réchauffer autour d’un bon café dans un petit endroit bien sympathique avant de prendre la route pour les ruines de Tzintzuntzan. Situées sur la rive nord du lac, elles sont bien plus nombreuses et informatives que celles de la veille. Il y a même un petit musée qui nous fera mieux comprendre l’évolution chronologique de ces civilisations. Après cette belle ballade, nous roulons jusqu’au Mirador offrant un point de vue imprenable sur le lac et ses îles.


Le lac de Patzcuaro et l'ìle de Janitzio

Il y a même une volée de 422 marches d’escalier qui nous permet d’accéder à une pointe offrant la vision sur 360°, c’est superbe! Retour en ville où nous souperons dans Prosper sur le même emplacement avant de bouger pour se mettre à l’abri des nuisances sonores. La nuit est tranquille.

Ce matin, nous profitons du marché pour faire quelques emplettes, un bon petit-déjeuner dans un comedor au coeur du marché puis c’est le départ direction la côte!


Les ruelles typiques de Patzcuaro

Pour une fois, nous décidons d’emprunter la route à péage car il semblerait que cela prenne 3 heures de route au lieu de 6. Le choix est assez vite fait. Nous découvrirons en chemin le côté très onéreux de cette « cuota » (lit. : péage), homonyme de nos autoroutes françaises. Comme nous n’aimons que peu les grandes villes, nous décidons de nous arrêter avant la grande Zihuatanejo soit à Troncones. Là bas, nous découvrons un havre de paix au bord de l’océan. Nous passerons d’ailleurs notre première nuit assez ironiquement juste à côté d’un hôtel sans soucis. Il suffit de consommer quelques verres en terrasse pour pouvoir prendre une douche près de la piscine et dormir sur le parking. Que du bonheur. En nous promenant sur la plage, nous apercevons un endroit rempli de hamacs, de tables et de voyageurs. Nous nous avançons vers eux et faisons la connaissance de Matt, un français expatrié au Mexique depuis presque 10 ans.

Bons moments avec Matt et " el diablito"

Une belle connexion s’établit avec lui et comme il loue un bout de terrain sur le plage, il nous propose de venir nous installer chez lui dès le lendemain. Offre que nous acceptons avec plaisir. Cette première soirée là bas nous permettra de rencontrer un bon paquet de nomades et notamment un groupe de français qui voyagent dans un school bus à l’américaine. Ainsi que des locaux et quelques gringos expatriés eux aussi. Une belle soirée pleine de rencontres et de beaux échanges.

Dès le lendemain après le surf, nous partons nous installer chez Matt. Plus qu’une rencontre, il est aussi très inspirant. Il est en train d’aménager son terrain pour recevoir des voyageurs et nous sentons très vite que nous ne sommes pas là pour rien. Du coup, nous lui proposons notre aide pour le booster en lui apportant de nouvelles idées et améliorations sur son terrain qui a un fort potentiel. Notamment avec la grande cuisine commune mise à disposition ainsi que le côté relaxant du lieu. Ce qui devait être une étape d’une nuit se transformera alors en une semaine de détente et de travail.

EL NOMAD's Beach Club

Il nous fera découvrir les environs tel un guide privé. Le site des eaux thermales à 5 minutes de voiture qui proposent plusieurs étangs naturels avec des températures différentes ainsi qu’un petit lit de rivière remplit de poissons mangeurs de peaux mortes. C’est une première pour nous! Une vraie balnéothérapie gratuite. Il nous emmènera aussi voir Zihuatanejo en nous guidant dans les marchés pour déguster les spécialités locales. Tout cela entrecoupé de bons coups-de-main de notre part pour ripoliner les espaces communs de son camping. A peine commençons nous à organiser les lieux que d’autres voyageurs portent déjà de l’intérêt au « NOMAD Beach Club ». Notamment Iulia et Hugo du Québec qui mettront eux aussi la main à la pâte. Une belle amitié entre nous tous permet de passer de très bons moments. Plus les jours passent et plus nous aimons ce village. Au point de nous intéresser à la valeur des terrains. Il y a une grande sérénité et surtout une sécurité assez unique que nous n’avions pas encore ressenti depuis l’arrivée au Mexique. Une osmose est présente entre la grande communauté d’expatriés et les locaux. Tout le monde s’entend bien et cela nous plait énormément.

Pour finir ce séjour, Lilie décide de cuisiner un cari crevettes pour l’équipe qui grandira à vue d’oeil pour notre dernier jour. Au final c’est 15 personnes qui se régaleront de ce bon plat réunionnais préparé avec amour et servi par Alex. Quel mémorable souvenir! Parmi les invités, un « shaper » (fabricant de planche) de surf local qui en voyant la planche d’Alex (qu’il a cassé le matin même dans des vagues bien trop grosses pour lui…) lui propose de l’acquérir en échange d’un rabais sur une planche d’occasion. Voyant ça comme un beau retour de karma, c’est avec plaisir qu’il accepte. Une bonne énergie rythmera toute cette soirée!